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Joël de Toulouse La Jeannerat n°3
La Jeannerat n°3 PDF Imprimer Envoyer
A côté de sa production horlogère classique, de la petite à la grande industrie, la Suisse continue à abriter des horlogers-artistes, amoureux de leur métier, toujours en quête de perfection, respectueux de leurs aînés mais revendiquant fermement leur différence. Louis JEANNERAT est de ceux-là. Mais sa période créatrice n’ a duré que 4 ans et il n'aura fabriqué que 3 montres...

Le Kamagra pour une usage dans la meilleure randonnée domestique et. En cause de cet emballage est conçu. Il est plus laissé aux gens qui étaient surpris, mais ce fait besoin de dire.

 

Né en 1912 à La-Chaux-de-Fonds d'un père horloger ayant exercé son métier à Buenos-Aires, il commence l'apprentissage de l'horlogerie à 14 ans pour le terminer à 17. Mais nous sommes alors en 1930, au lendemain du krach boursier de 1929 et au début d'une période de crise dont va souffrir l'Europe pendant encore plusieurs années. Pas d'embauche possible pour un jeune horloger fraîchement émoulu de l'école : qu'importe, si le canton de Neuchâtel s'avère trop étroit, une petite annonce dans les revues horlogères fera savoir à la Suisse entière que Louis est prêt à conquérir les montres. L'annonce parait le vendredi et le lundi suivant Louis arrive avec ses quelques effets personnels chez son premier employeur, horloger détaillant à Kirchberg, en Suisse alémanique. Et c'est ainsi que débute sa carrière de rhabilleur, fonction qu'il occupera d'ailleurs tout au long de sa vie horlogère.

S'il garde un agréable souvenir de ses débuts qui lui permirent de découvrir les grandes règles de la réparation horlogère, aussi bien pour les montres que pour les pendules, le tournant de sa carrière se produit en 1946 lorsqu'il rentre chez BÜCHERER, horloger-bijoutier à Lucerne. Car aucune grande Manufacture n'est absente des vitrines de cette horlogerie, la plus grande de la ville. Et les penduliers, repasseurs et rhabilleurs qui y travaillent voient passer entre leurs mains les mouvements les plus beaux comme les plus compliqués. Travailleur acharné, ne comptant ni son temps ni sa peine, doté de surcroît d'un sens aigu de l'organisation, Louis va progressivement prendre la responsabilité de la totalité du service rhabillage, comptant dans les années cinquante jusqu'à 42 personnes travaillant sous ses ordres, chiffre qui peut paraître considérable pour une horlogerie de détail, mais qui devient relatif lorsqu'on sait que dans le même temps ce n'est pas moins de 110 vendeurs qui officiaient derrière les vitrines... Durant les trente ans de son activité lucernoise il mettra un point d'honneur à ne jamais renvoyer une montre chez son fabricant et à toujours réaliser les révisions et réparations lui-même, y compris pour les mécanismes compliqués tels que calendrier perpétuel et autre répétition-minute, quitte à fabriquer les pièces nécessaires. Son service devint même un centre de formation et de perfectionnement pour les jeunes horlogers recrutés qui allaient ensuite officier dans les autres magasins BÜCHERER de Suisse et d'ailleurs.

En 1977, après 45 ans dédiés aux montres et au travail bien fait, Louis JEANNERAT cessa son activité pour une retraite paisible à Lucerne, sur les bords du lac des Quatre-Cantons, aux pieds du Mont Pilate.

La santé fragile de son épouse l'amène toutefois à se constituer un petit atelier qui voit passer quelques beaux mouvements de montres et en 1980, il décide, sur la base d'un calibre Zénith de 16 lignes, la réalisation de sa première montre squelette. Il faut du temps et de l'obstination en effet pour réaliser ces dentelles de métal qui naissent du travail long et prudent de la lime sur les ponts. Et Louis JEANNERAT vise d'emblée la pièce remarquable, aussi fine que possible, et sans modèle : au moins elle ne sera la copie de personne. Et c'est un coup de maître : le métal semble avoir presque disparu, de simples fils arachnéens relient les axes et leurs rubis et le graveur, Pierre MATTHEY de La Chaux-de-Fonds, sollicité pour décorer le mouvement comme c'est souvent le cas pour les montres squelettes, aura bien du mal à trouver des surfaces à graver... 

  

Jeannerat N°1 réalisée en 1980 sur la base d'un mouvement Zénith de 16 lignes.

La montre n'est présentée qu'à un cercle d'amis et à la famille. Elle fait forte impression à la nièce de Louis, Mme Jacqueline BONNEMAIN, et deux ans plus tard Louis décidera de réaliser une deuxième montre squelette pour elle, sur la base d'un mouvement Piguet de 9 lignes. Et, difficulté supplémentaire, Louis décide que les initiales de la famille apparaîtront en filigrane : le J et le B de Jacqueline BONNEMAIN sur le barillet du ressort moteur, le R de Roger le mari, le C des deux filles Chantal et Corinne, et le Y du fils Yves sur le rochet de remontoir. Pour la mère, Rose, une fleur du même nom sera gravée sur le pendant...



Jeannerat N°2 réalisée en 1982 sur la base d'un mouvement Piguet de 9 lignes. Sur le barillet on voit les lettres J et B pour Jacqueline 
BONNEMAIN à qui était destinée la montre.


Mais c'est la Bourse Suisse d'Horlogerie organisée tous les ans par le Musée International d'Horlogerie de La Chaux-de-Fonds qui permettra à Louis JEANNERAT de réaliser son chef-d'oeuvre, la N°3 dite Sonatine. C'est en effet au cours de cette manifestation qu'il achète à Erwin EISENEGGER, horloger spécialiste des mouvements anciens, un superbe calibre Le Coultre de 16 lignes, d'une très grande finesse, 2,0 mm d'épaisseur, datant probablement du tout début du XXème siècle. Seuls ces mouvements extrêmement bien conçus se prêtent à la réalisation de montres squelettes d'exception. Et c'est l'autre passion de Louis, la musique, qui sera le prétexte au thème décoratif. 
Il est tout à fait remarquable ici de préciser qu'aucun dessin préparatoire ni sur le papier, ni sur le métal, n'a guidé le trajet de la lime. Le seul trait, à la règle, le sera sur la plaque d'acier qui servira à la fabrication des aiguilles, pour garantir leur rectitude. 
Le travail, qui durera le long des 12 mois de 1983, commence par le coq, sur la platine en regard du balancier, où Louis fait apparaître un violon. 
Puis c'est une note qui est finement découpée sur le pont d'échappement en maillechort. Au total il y en aura 19, stylisées, réparties sur les différentes pièces et autour des axes. L'archet du violon, d'un finesse stupéfiante, sera placé à proximité du pont de balancier. Sur le pont de barillet Louis souhaitait une balalaïka, mais la place manque pour cet instrument dont la caisse est triangulaire. Il sera remplacé par deux autres instruments : 
une lyre à 3 cordes et une harpe avec 4 cordes stylisées. Puis c'est une véritable partition qui viendra décorer le barillet : une croche, une blanche et un dièse. Les aiguilles ne sont pas négligées : la petite trotteuse a la forme d'un diapason et sur les grandes aiguilles on reconnaît une forme en S, représentant une ouïe de violon, et une clé, clé de fa pour les heures et clé de sol pour les minutes. L'ensemble du mouvement sera ensuite anglé, poli puis rhodié pour assurer sa protection.

 

 

Jeannerat N°3 dite Sonatine. Réalisée en 1983 sur la base d'un mouvement Le Coultre de 16 lignes pour 2,0mm d'épaisseur. 3 instruments de 
musique et plus de 22 motifs musicaux sont représentés sur le mouvement squeletté d'une exceptionnelle finesse.


Pendant plusieurs mois le mouvement restera dans l'atelier de Lucerne, jusqu'au jour où un ami, Jean LIEGME, ancien professeur à l'école d'horlogerie de Saint Imier, l'aperçoit et encourage Louis à lui trouver une boîte pour qu'il devienne une véritable montre. C'est Roland ECABERT, bijoutier-boîtier de grande expérience et habitué des boîtes prototypes pour les grandes Maisons Horlogères, qui la réalisera. Les chiffres romains en périphérie et la signature sur le barillet seront gravés par Jean-Paul HUGUENIN des Ponts-de-Martel. La finesse du travail réalisé sur le mouvement est telle que la gravure de la platine et des ponts s'avère inutile.

C'est ainsi qu'est né ce chef-d'þuvre horloger, digne héritier d'une longue lignée d'artisans-artistes aux mains expertes et qui ne comptaient pas leur temps pour mieux le maîtriser. Mais pour Louis JEANNERAT il restera unique : atteint d'une grave affection oculaire Louis ne réalisera pas de N°4... Mais tout au moins continue-t-il à en écouter la musique, lorsqu'il l'emporte avec lui, soigneusement protégé dans un écrin, pour ses flâneries le long du lac...


Les différentes pièces du mouvement de la JEANNERAT N°3




Remerciements : à M. Louis JEANNERAT qui a bien voulu corriger ce texte et à Mme Cinette ROBERT, qui préside aux destinées de la Maison DUBEY & SCHALDENBRAND qui nous a encouragé à réaliser cet article.